Ces dernières années, ma vie a basculé. La maladie s’est installée et, peu à peu, a pris toute la place. Mon quotidien s’est rempli de rendez-vous médicaux, d’examens, de traitements et de démarches administratives. Chaque déplacement me demande de l’énergie. Alors je choisis. Je calcule. Je garde mes forces pour l’indispensable. Sans vraiment m’en rendre compte, j’ai cessé de vivre. Je survis.
Puis, un dimanche, une association de sport adapté me permet de prendre le départ d’une course en joëlette. Autour de moi, les bénévoles s’activent et plaisantent.
La musique résonne. Les coureurs et les coureuses s’échauffent. Je sens l’excitation monter. Je connais cette ambiance. Elle m’a tellement manqué.
Le départ est donné.
J’ai froid. Je ris. Je crie. Je sens l’effort de celles et ceux qui m’entourent. Je suis au milieu des coureuses et des coureurs, du bruit, des encouragements. De la vie.
Et soudain, je réalise. Je suis sortie parce que j’en avais envie. Depuis quand cela ne m’était-il plus arrivé ? Ce jour-là, je ne fais rien de nécessaire. Je ne me soigne pas. Je ne travaille pas. Je ne remplis aucun dossier. Je profite.
Et si j’avais oublié l'essentiel ?
Et si vivre, c’était aussi rire, rencontrer, partager ? S’accorder du temps pour ce qui nous fait du bien. Etre au milieu de la vie. Se rappeler qui l’on est, au-delà de la maladie.
A force de garder mes forces pour survivre, j’avais oublié d’en garder pour vivre.
Depuis, j’ai changé ma définition de l’essentiel. Le plaisir en fait désormais partie.
Et si j’avais oublié l’essentiel ?
Après plus de vingt-cinq ans comme infirmière spécialisée en pédiatrie, Julie Champenois est devenue, à son tour, patiente. Cette double expérience nourrit aujourd'hui son travail d'écriture.



