Texte Cynthia Mira Illustration Shutterstock
« Le problème, ce n’est pas qu’il n’y a pas assez de logements, c’est qu’il n’y a pas assez de logements à prix abordable », déclare Urs Schnyder. Webmaster et conseiller en logement chez Procap, il connaît bien la situation pour être lui-même en chaise roulante. « Avec leur rente AI et d’éventuelles prestations complémentaires, les personnes en situations de handicap ont certes des liquidités, mais face au niveau actuel des loyers, la plupart du temps, cela ne suffit pas. » Les logements accessibles en chaise roulante se trouvent principalement dans les nouvelles constructions et sont, de fait, plus chers. « En ville, les logements sont généralement inabordables puisqu’ils sont situés dans des zones centrales et où le prix du mètre carré est élevé. » Pourtant, c’est précisément en ville et dans les agglomérations que les personnes en chaise roulante trouveraient les infrastructures dont elles ont besoin comme les transports publics, les hôpitaux, les médecins et les magasins.
La Confédération reconnaît désormais la problématique de la pénurie de logements et la flambée des prix qui en découle. « Il était grand temps », indique Remo Petri, chef du service Construction, Logements et Transports chez Procap Suisse. L’Office fédéral du logement (OFL) a pris des mesures et travaille depuis 2024 avec des représentant·e·s des cantons, des villes et des communes, ainsi que du secteur de la construction, de l’immobilier et de la société civile, à l’élaboration d’un plan d’action comprenant 30 mesures définies. Procap fait partie de ce comité. L’objectif de ces mesures est de garantir en Suisse un nombre suffisant de logements de bonne qualité, abordables et adaptés de manière durable aux besoins de la population. Pour autant, « dans ce comité, notre marge de manœuvre est limitée », souligne Remo Petri. « Comme il n’y a pas de base juridique en la matière, on ne peut qu’émettre des recommandations à l’attention du marché. » Il n’existe pas d’instrument politique pour intervenir sur les loyers des logements ; chaque mesure touche au droit de propriété. En d’autres termes, il faut changer les lois et, pour cela, il faut que le Parlement se saisisse de la question.
Procap exige des logements à prix abordable
Lors de la deuxième table ronde, au moment de recueillir une nouvelle fois l’avis des participant·e·s sur le plan d’action, Procap a pu se faire entendre et présenter ses revendications en faveur de ses membres. Concrètement, l’association réclame davantage de construction de logements d’utilité publique par le biais de coopératives et des logements abordables pour les personnes en situations de handicap. Procap se bat également pour que les loyers ne soient pas seulement déterminés par l’offre et la demande, mais qu’ils soient aussi basés sur les coûts de construction. En outre, la communication du loyer payé par le locataire précédent devrait être obligatoire. Les communes doivent également obtenir un droit de préemption afin de pouvoir proposer des logements abordables. Un problème majeur réside dans la spéculation foncière. Dans le parc immobilier existant, en particulier lorsqu’il y a densification ou extension, une part minimale obligatoire de logements à loyers abordables doit être prévue. En outre, les normes de construction doivent être simplifiées afin de pouvoir construire à moindre coût et ainsi permettre la création de logements abordables. L’AI peut également financer a posteriori des adaptations du logement, par exemple le remplacement d’une baignoire par une douche accessible en fauteuil roulant. Telle est la position de Procap. L’année 2026 montrera dans quelle mesure ces projets pourront être menés à bien. C’est en effet à ce moment que l’Office fédéral du logement convoquera à nouveau le comité afin de procéder à un nouvel état des lieux. Procap continue de défendre ses revendications en faveur des personnes en situations de handicap.



